Philippe’s poems

In the context of his residency Philippe Beck completed the manuscript of Abstraite et plaisantine (Le Bruit du Temps, forthcoming). Below are the ‘foreword’ as well as the ‘Prologue’ and the first four of the series of one-hundred twelve-line free verse poems that form the collection.


Avertissement

Abstraite et plaisantine, suite de cent douzains en vers libres mesurés, doit son titre aux deux qualificatifs par lesquels un grand musicien antimoderne caractérisa des musiques ainsi réputées « décadentes ». De caractère à la fois tao et talmudien (si on peut dire), le livre médite le mode d’être des liens. Il refuse de manière sèchement mélodiante les dérives qui ont mené la sensibilité à un projet de purification des décisions artistiques, lequel entrait dans un plan d’élimination d’une partie de l’humanité au nom de l’humanité, comme il se produit dans des guerres. L’affreuse radicalité du national-socialisme, relayée par la « Révolution nationale » française, est documentée. Or, « en poésie, c’est toujours la guerre », et ce mot de Mandelstam devrait hanter chaque moment d’écriture du moindre poème, comme le mot de Shakespeare : « Tu fuiras l’ours, mais si sur ta route se dresse une mer en furie, tu te retourneras vers la gueule de la bête. »

Ph. B., février 2024


Prologue

« On dit la vérité, parce qu’on s’y tient déjà. »
(Wittgenstein)

Pain étroit, Brisante Esthétique
doit commencer là où les contes de fée
finissent, ou bien finir là où
commencent les contes de fée ?
Pour être complet en douzains,
il faut faire semblant d’être idiot
ou bien l’être complètement ?
La césure terrienne du villageois
qui balance les jambes du parapet,
voilà le non décrit. Celui-qui-rira
et ne parle jamais suit le train
des vacheries, la Rigueur empêchant l’action.
Le Sacrifiable, qu’arrête l’aile extérieure,
j’en décris les stations. Le pont qui coule sous l’eau.
L’arbre votant pour la hache,
la lame dépendant du manche en bois,
dit la hache-victime comme sœur
de l’arbre électeur et bourreau.
Lichtenberg dans la danse de forêt.


1.

10 décembre 1942, Alfred,
imposant la musique d’un pays
né comme tous et devenu,
hante la facilité en fantôme
de milice et entoure la poésie dite
abstraite et plaisantine césure aérienne.
Abstraite et plaisantine,
contre-fantôme terrien, elle qui analyse
les fines composantes de monde,
et capable de deuil accéléré
ou d’homme lent, opposée à l’accent
gravé au cœur passé dans l’Usine.

2.

P. l’Abstraite, avec ses bruits
comme des noms verticaux,
c’est le Cheval dans l’air dégelé et volé.
Il a été au champ de cresson bleu.
Animal comme grand arbre d’oreille. À l’oreille.
Il a plaisanté parallèlement.
Avec un humour de camp.
Alfred, lui, c’est l’âne
qui organise l’Expressive
réalité du Cercle.
Banquier d’esprit du pays
chante la sévère leçon circulaire.

3.

Laquelle ? L’âne récitalier,
son velouté, Yvonne le dit,
descendue loin de la caisse
obligatoire et des adaptations
de « l’âme sarmate ».
Sauromate le Cavaleur
au souffle court, sa steppe
est couverte d’écailles.
Il bondit comme un lézard
occupé. Yvonne accueille Samson aux sandales
intermédiaires, huitième de pied,
et la dernière colonne près de corde ou hache.

4.

Il y a âne et âne. 1) Administrant
s’occupe des registres et cahiers
sous l’œil de Personnel du Chili
et prend la place de tous
en voilant, narine espacée,
l’élan africain qu’il est
depuis les billes d’enfance.
2) Commun Sauvage, c’est nous,
et nos ii ahn sont les volutes
de Robert ou Frédéric,
les Dépaysans. Collectif d’Afrique,
je traverse les affinités d’en bas.