Vendredi 29 novembre 2019

Vous souvenez-vous du premier texte que j’ai écrit, ici, sur ce blog, le lundi 11 novembre ? J’arrivais de Paris, exsangue. Je ne connaissais rien à l’Ecosse. J’écrivais qu’une vie de femme est une bataille. Le matin, je m’étais promenée sur les ruines de l’ancienne cathédrale, j’avais longé les pierres tombales, j’avais ressenti une émotion très forte.

Il me semble que tout ça était il y a si longtemps.

 

Ici, j’ai eu tant de temps, et tant d’espace.

Temps d’écriture, d’abord, incroyable luxe, de longues heures à plonger phrase après phrase dans mon livre, à me sentir chaque jour faisant davantage corps avec lui, comme si, peu à peu, lui et moi nous épousions l’un l’autre.

Joie de creuser, fragment après fragment, un sillon, de sentir quelque chose vibrer, apparaître.

Joie de me sentir libre dans cette forme.

Joie de me dire « ça y est, je suis dedans, dedans jusqu’au cou, je ne reculerai plus, et ce n’est pas douloureux. C’est même tellement heureux. »

 

Force de l’espace, ensuite. Dès ma fenêtre, chaque matin lorsque j’écrivais. Apercevoir la mer au loin, le ciel, la ligne d’horizon, par moments (comme à cet instant même) parfaitement nette. A chaque heure, observer les variations de lumière. En cet instant, par exemple, il est 15h15, la lumière est rasante, dorée. La mer d’un bleu profond. Tout semble immobile, éternel. Pourtant, dans dix minutes, rien ne sera plus pareil.

Et puis, lorsque je me promenais, après plusieurs heures de travail. Ressentir cet espace si vaste, habité de présences, habité d’histoire. Marcher parmi les ruines, sous le ciel immense, sentir le vent sur le visage, voir et entendre les vagues déferler.

 

Mais tout cela n’aurait eu aucun sens, aucune valeur, sans les rencontres humaines que j’ai faites ici. Je pense à Elise, bien sûr, qui a permis tout ceci, de manière incroyablement juste et lumineuse. Je pense à Elodie. Aux autres professeurs, rencontrés même parfois fugacement. A Natalia. A Helen et Hugh.

Je pense aussi, beaucoup, aux étudiants, à la lumière dans leur regard, pendant l’atelier d’écriture, pendant la discussion littéraire. A leurs questions. Leur écoute frémissante. Ces regards que je ne croiserai peut-être plus, mais qui, l’espace de quelques instants, ont croisé le mien – et cela a existé.

 

En toute chose, il y a de la beauté.

GRATITUDE.


Friday 29th November 2019

Do you remember the first text I wrote, here, on this blog, Monday 11 November? I was arriving from Paris, drained. I knew nothing about Scotland. I wrote that a woman’s life is a battlefield. That morning I had strolled on the ruins of the ancient cathedral, I had walked through the tombstones, I had felt a powerful emotion.

All this seems to be such a long time ago

Here, I have had so much time, and so much space.

Time, first of all, for writing, an incredible luxury, long hours to plunge sentence after sentence into my book, to daily feel more and more involved, part of that body, as if, a little at a time, we were marrying one another.

Joy of ploughing my own furrow, one fragment after another, feeling something vibrating, appearing.

Joy of feeling free in that form.

Joy of telling myself “that’s it, I’m in, in up to the neck, no turning back now, and it’s not painful. It’s even so joyful.”

Power of the space, then. From my window, every morning as I sat writing. Seeing the sea in the distance, the sky, the line of the horizon, for brief moments (as if in that instant) in perfect clarity. At all times of day watching the changing light. At this moment for example, it is 15.15, the light is low, golden. The sea deep blue. Everything seems immobile, eternal. Yet, within ten minutes nothing will be the same any more.

And then, as I was strolling, after working for several hours. Feeling this vast space, inhabited by presences, inhabited by history. Walking among the ruins, under the immense sky, feeling the wind on my face, seeing and hearing the waves unrolling.

But all that would have been meaningless, without value, but for the people, the human beings I met here. I am thinking of Elise, of course, who made all this possible in an incredibly precise and luminous manner. I am thinking of Elodie. Of the other professors, met sometimes only fleetingly. Of Natalia. Of Helen and Hugh.

I am also thinking, very much, of the students, of the light in their faces, during the writing workshop, during the discussions of literature. Of their questions. Their tremor as they listened. Of those expressions I shall perhaps never meet again, but which in the space of a few instants met mine – and these things once were.

In every thing, there is beauty.

GRATITUDE

Translated by Hugh Rorrison and Helen Chambers