Mercredi 27 novembre 2019

Je marche dans les rues de Paris en serrant la main de ma mère. Ce sont les premiers jours de l’été. Nous marchons sur les Grands Boulevards, près des Grands Magasins. Nous n’allons jamais dans ce quartier qui me paraît très éloigné de la maison. Il se met à pleuvoir. Je suis habillée d’un pull fin assez moulant à rayures noires et blanches. C’est la première fois que je le mets. Je suis très heureuse de marcher dans les rues de Paris avec ma mère et de porter ce pull, qui ne ressemble pas aux vêtements que j’ai l’habitude de porter. Avec ce pull, je fais « jeune fille ».

La pluie tombe plus drue. Ma mère propose que nous nous arrêtions dans un café. Elle me presse la main plusieurs fois, sans me regarder, tout en continuant à parler.

Je lui réponds que c’est une bonne idée, et à mon tour je lui presse la main, rapidement, le même nombre de fois.

Elle presse à nouveau ma main.

Nous ne nous regardons pas. Je marche dans les rues de Paris, sous la pluie, la main de ma mère dans la mienne. Une joie très profonde m’envahit.

 

C’est un fragment du livre que je suis en train d’écrire.

Le livre que j’ai commencé à écrire, ici, à St Andrews.

Parce que j’avais du temps, des plages immenses de temps devant moi

Et qu’enfin j’ai trouvé le courage

De commencer à écrire

Un livre sur ma mère.


Wednesday 27th November 2019

I am walking in the streets of Paris holding my mother’s hand. It’s the first days of summer. We are walking on the Grands Boulevards near the big department stores. We never go into this quarter which to me seems very far from home. It starts to rain. I’m wearing a fine, close-fitting black and white striped sweater. It’s the first time I’ve had it on. I’m very happy to be walking in the streets of Paris with my mother in this sweater which isn’t like the clothes I normally wear. In this sweater I look like a ‘young lady’.

The rain gets heavier. My mother suggests that we pop into a café. She squeezes my hand several times without looking at me, continuing all the time to talk.

I say that’s a good idea and in turn squeeze her hand rapidly, the very same number of times.

She squeezes my hand again.

We don’t look at each other. I am walking in the streets of Paris, in the rain, my mother’s hand in mine. I am suffused by profound joy.

It’s a fragment of the book I am at present writing.

The book I have begun writing, here, in St Andrews.

Because I had time, immense beaches of time in front of me.

And because at last I have found the courage

To start writing.

A book about my mother.

Translated by Hugh Rorrison and Helen Chambers