Lundi 25 novembre 2019

Je suis allée faire quelques courses au supermarché. Arrivée à la caisse, alors que je terminais de déposer mes articles sur le tapis, j’ai entendu un joyeux : « Hello dear, how are you today ? »

J’ai d’abord pensé qu’on s’adressait à quelqu’un derrière moi. Mais j’ai senti un petit flottement et ai fini par lever les yeux : la caissière, les yeux dans les miens, m’adressait un sourire rayonnant, et, non contente d’avoir posé sa question, elle en attendait la réponse !

Je suis restée une fraction de seconde interdite avant de lui répondre : « very well, thank you ! » tandis qu’au-dedans de moi : « Madame, chère adorable Madame que je ne connais pas, mais savez-vous que votre sourire radieux et votre question qui ne semble pas avoir été posée en mode pilote automatique me touchent terriblement ?  Savez-vous que je pourrais vous sauter au cou pour ça ? Savez-vous que le reste de ma journée va s’en trouver tout illuminé ? »

Qui, à Paris, je vous le demande, s’adresserait ainsi à vous, dans un supermarché, alors que vous vous apprêtez à payer une salade verte et du muesli : « Bonjour chère Madame, dites-moi, comment allez-vous aujourd’hui ? » et attendrait, les yeux plantés dans les vôtres, une réponse ?

A Paris, cela n’existe pas. Paris a la splendeur, mais Paris a oublié l’humain.

Exquise gentillesse, ici, de toutes parts, que je n’oublierai pas.


Monday, 25th November

I went to the supermarket to buy some groceries. At the checkout, having finished putting my shopping on the conveyor belt, I heard a cheery “Hello dear, how are you today?”

At first, I thought she was talking to someone behind me. But I felt a lingering silence, and eventually looked up: the checkout womanher eyes meeting mine, with a beaming smile, had been speaking to me, and rather than moving on, was waiting for a response!

I paused for a fraction of a second in surprise, before replying “Very well, thank you!”, while inside I was thinking “You dear woman, who I don’t know at all, do you know that your radiant smile and your question, not uttered in auto-pilot as one might expect, has touched me profoundly? Do you know that I could throw my arms around you for this? Do you realise that you have brightened up all the rest of my day?”

I ask you, who, in Paris, would address you in such a way, in a supermarket, as you pay for your green salad and muesli « Hello Madame, tell me, how are you today? », waiting, their eyes meeting yours, for a response?

In Paris, that doesn’t happen. Paris has splendour but has forgotten its humanity.

The exceptional kindness I encounter everywhere here, I will never forget.

Translated by Katharine Lovatt