Vendredi 22 novembre

La nuit est tombée. Les boutiques ferment l’une après l’autre. Je viens de marcher dans les rues presque désertes de St Andrews. La semaine s’achève.

Je ferme les yeux pour en retrouver la saveur.

 

La mer. Parfois très calme, presque douce ; parfois agitée, les vagues déferlant, se brisant sur les roches noires, leur fracas, le sentiment de puissance, l’immensité, et moi, dans la joie de ce spectacle.

La lumière, si souvent jaune, parfois argent, rose un matin.

La plongée dans mon livre, fragment après fragment. Des images de ma mère, des paroles de ma mère, des descriptions de ma mère. Tenter de retrouver le frémissement de sa présence. Un livre peut-il retrouver le frémissement d’une présence ? Je le crois. Un livre peut brûler.

Les échanges avec Elise – sur l’écriture, la vie, la vie de femme, la vie de mère, le temps, la solitude féconde. La douceur d’Elise, sa force.

Les lecteurs de l’Institut Français, attentifs, bienveillants – pour certains, lumineux.

Ce moment de grâce, chez mes propriétaires écossais, dans leur maison à Edimbourg. La pièce verte, la pièce jaune, la cuisine, les carrelages, la lumière, les tableaux, Matisse, la beauté de leur sourire, de leur présence.

 

Le temps, devenu si vaste qu’il me permet de ressentir, et d’écrire, et d’être là.