Samedi 16 novembre 2019

Ce matin, j’ai quitté l’appartement très tôt. Il faisait encore nuit noire. C’était joyeux de marcher dans les rues désertes, certaines illuminées de guirlandes dont on m’a dit qu’elles demeuraient accrochées toute l’année.

Je me suis rendue à la gare routière pour prendre le bus pour Leuchars. J’avais décidé de passer la journée à Edimbourg.

Lorsque je suis entrée dans la salle d’attente, il n’y avait qu’une seule autre personne, debout devant le panneau d’affichage. Je me suis assise. J’étais en avance.

Quelques secondes plus tard, un jeune homme est entré. Il s’est dirigé droit vers le vieux piano situé juste à côté de moi, que je n’avais pas remarqué dans la pénombre. Il a pris place. Il nous a regardés, d’abord l’autre personne, puis moi. Ensuite, d’un doigt, il a appuyé sur une touche, très doucement. Le son a résonné dans la salle vide.

Je le regardais, je retenais mon souffle.

Et puis, il s’est mis à jouer. La musique a empli la salle. Ça déferlait, comme des vagues qui ne s’arrêtaient pas. C’était très beau. Il improvisait. Je l’écoutais. Je n’osais pas bouger. Dehors, le jour se levait.

Moment de grâce dans cette gare déserte devenue soudain vibrante, comme emplie de joie.

 

Toute la journée, ensuite, tandis que je marchais dans les rues d’Edimbourg, je réentendais la musique.

Certaines journées sont inoubliables.


Saturday 16th November 2019

This morning I left the flat very early. It was still pitch black outside. It was a joy to walk through the empty streets, some of them lit up with strings of Christmas lights which apparently stay there all year round.

I went to the bus station to get the bus to Leuchars. I’d decided to spend the day in Edinburgh.

When I went into the waiting room, there was only one other person there, standing in front of the departure screen. I sat down. I was early.

A few seconds later a young man came in. He headed straight for the old piano, right next to me, which I hadn’t noticed in the half light. He sat down. He looked at us, first at the other person, then at me. Then, with one finger, very gently, he touched one of the keys. The sound echoed in the empty room.

I looked at him, I held my breath.

Then, he started playing. The music filled the room. It washed over us like breaking waves, without end. It was very beautiful. He was improvising. I listened to him. I didn’t dare move. Outside, the sun was rising.

A transcendent moment in this empty bus station suddenly reverberating with life, as if filled with joy.

All day, afterwards, as I walked through the streets of Edinburgh, I could still hear the music.

Some days are unforgettable.

 

Translated by Margaret-Anne Hutton