Mardi 12 novembre 2019

Ce matin, tôt, je suis allée voir la mer. C’est la dernière chose à laquelle j’avais pensé la veille, comme une promesse d’enfant qu’on se fait avant la nuit : demain  matin, j’irai voir la mer.

J’ai grandi avec la mer, celle de Marseille d’abord, où je suis née, puis celle de Nice, que je retrouvais à chaque vacance scolaire lorsque ma famille s’est installée à Paris. Lorsque je ferme les yeux, où que je sois, il me suffit de la convoquer pour qu’elle surgisse. Bleue, limpide, harmonieuse, au goût salé. La mer Méditerranée est pour moi comme un grand corps, un corps maternel dans lequel j’aime me fondre. Elle m’apaise. Elle me lave. Me régénère.

Ce matin, donc, je voulais voir la mer. Dès qu’on a commencé à y voir quelque chose dehors, je suis sortie. Après la pluie, et avant la pluie d’après (je commence à comprendre quelque chose à l’Ecosse).

J’ai avancé le long du chemin côtier. Je l’entrapercevais par moments, gris-bleue, entre des habitations, des bâtiments universitaires.

Et puis, soudain… soudain elle a été là. Surgie devant moi. S’étendant à perte de vue. Immense. Sauvage. Les vagues roulant, déferlant. La lumière jaune-argent. Le fracas. La puissance.

Je suis restée interdite. Le paysage était si fort, si différent de celui que je connais. Quelque chose s’engouffrait en moi. Il fallait ne pas bouger pour mieux le recevoir. J’ai fini par descendre les quelques marches qui menaient à la grève. Devant moi, j’ai aperçu une petite piscine naturelle, rectangulaire, délimitée par des pierres. A l’intérieur, l’eau était calme, si calme. J’ai trempé la main. Etait-elle vraiment trop froide pour y nager ?

Je suis rentrée lentement à l’appartement. Ça dansait dans ma tête. J’étais si loin du bleu immobile et profond de la Méditerranée. La lumière jaune-argent continuait sa lente traversée en moi, comme si elle défrichait quelque chose. Aujourd’hui, je vais écrire à partir de cette lumière, ai-je pensé. Je sentais quelque chose de compact en moi, ramassé en un bloc.


Tuesday 12th November 2019

This morning, early, I went to see the sea. It’s the last thing I thought about last night, like a child’s promise to herself before bed: ‘tomorrow morning, I’ll go to see the sea.’

I grew up with the sea; first in Marseille where I was born, then in Nice – which I encountered again and again every school holiday after my family moved to Paris. When I close my eyes, wherever I am, I only need to think about it for it to appear suddenly before me. Blue, crystalline, melodious, with a salty taste. The Mediterranean Sea is, for me, a large body; a maternal body that I like to melt into. She calms me. She washes me. She renews me.

This morning, then, I went to see the sea. As soon as it was possible to see something outside, I set out. After the rain, and before the next rain (I’m beginning to get Scotland).

I walked along the coastal path. I caught glimpses of it at times, grey-blue, between houses, university buildings.

And then, suddenly… suddenly she was there. Emerging before me. Stretching as far as the eye can see. Immense. Wild. The waves rolling, unfurling. The silvery yellow light. The roaring. The power.

I stood motionless. The landscape was so stunning, so different to what I know. Something rushed into me. It was necessary to stay still to better take it all in. Finally, I descended the few steps that led to the shoreline. Before me I spotted a small natural swimming pool, rectangular, delineated by stones. Inside, the water was calm, so calm, I dipped my hand in. Was it really too cold for a swim?

I went back slowly to the flat. It continued to dance in through my thoughts. I was so far from the deep, still blue waters of the Mediterranean. The silvery yellow light continued to slowly cross through my thoughts, as though it was clearing something away. Today, I thought to myself, I am going to write about this light. I felt something condense within me, gathering into one solid block.

Translated by Alexandra Flannigan