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Blog of Emmanuelle Pireyre, Modern Languages resident writer in February 2017

Réincarnation

On dit qu’il faut savoir partir, c’est important de savoir s’arrêter. Alors goodbye guys, et merci. Par contre, on dit aussi qu’il faut savoir revenir ; aussitôt que je l’ai appris, je me suis mise à étudier les possibilités de retour, et me suis arrêtée sur la réincarnation, une manière dont la discrétion m’a plu. Pour augmenter encore la discrétion, j’ai opté pour la couleur blanche : réincarnation en blanc, livre blanc, mouette blanche ; ou en balle de golf si je suis plus rapide ; ou en neige si je suis plus liquide. On verra.

Head

Reincarnation

They say you should know when to leave, it is important to know when to stop. So goodbye guys, and thank you. On the other hand, they also say that you should know how to return; as soon as I found that out I began to look into possible ways to come back and fixed on reincarnation, a pleasingly unobstrusive method. To make it yet more unobtrusive I opted for the colour white: a reincarnation in white, white book, white seagull; or into a golf ball if I’m faster; or into snow if I’m more liquid. We’ll see.

Hache

Oui j’ai vu, il y a des jeux de mots dans certains de ces textes, pas énormément mais quelques uns. C’est regrettable. Il faut savoir cependant qu’ils sont complètement involontaires. Je suis bien sûr contre le jeu de mots en littérature : le jeu de mots soumet le sens aux ressemblances fortuites des sons, et on ne veut surtout pas d’un sens soumis, on désire un sens vigoureux et en pleine forme. Or c’est ainsi, parfois on veut bien faire, et c’est le contraire qui arrive. Comme quand les Bolcheviks eurent l’idée d’installer de très bonnes cantines dans les usines pour prouver que la révolution russe était une bonne chose, mais que malgré toute leur bonne volonté, ils obtenaient des cantines pas si convaincantes que ça, des cantines mêmes affreuses avec des rats dans la soupe ; et certaines fois, la cantine était parait-il si crasseuse qu’il fallait casser la couche de saleté à la hache. On a du mal à se représenter ce que ça signifie : nettoyer la cuisine à la hache. Alors bon, quelques petits jeux de mots involontaires par-ci par-là, ricanant bêtement dans le chaos de l’histoire, ce n’est peut-être pas si grave.

Axe

Axe

Yes, I’ve noticed, there are plays on words in some of these texts, not that many, but a few. That’s unfortunate. It’s important to note that these are completely unintentional. I am of course against word play in literature: word play subjugates meaning to the coincidental similarity of sounds, and the last thing we want is a subjugated meaning, we would very much like a vigorous meaning on top form. But that’s how it goes, sometimes you try to do the right thing and the opposite happens. Like when the Bolsheviks had the idea of installing very good canteens in factories to prove that the Russian revolution was a good thing, but for all their good intentions they ended up with not-so-convincing canteens, actually quite dreadful canteens with rats in the soup; and sometimes the canteen was apparently so filthy that you had to break the dirt crust with an axe. It is hard to imagine what that means: cleaning the kitchen with an axe. So a few unintentional plays on words here and there, sniggering idiotically amidst the chaos of history, maybe isn’t such a big deal.

Molécule

Je ne sais pas, aujourd’hui ça ne marche pas. Aujourd’hui je voulais écrire un texte fluide-et-homogène- avec-une-dimension-européenne-dans-lequel-une-femme-ronde-mais-féminine-assume-ses-rondeurs. Belle idée pour commencer la journée.

Bon, au départ, tout va bien, la femme ronde et féminine est assise nue dans un fauteuil en osier, avec pour tout vêtement un énorme collier vert. Par le passé Rebecca a essayé de multiples régimes, mais en vain. Elle a même pris une année sabbatique pour pratiquer la cuisine moléculaire où tu maigris avec des recettes à base d’agar-agar. Mais elle a préféré arrêter après quelques mois parce qu’en cuisine moléculaire tu utilises des techniques dangereuses comme l’azote liquide ; et Sebastian, le jeune Allemand dont elle suivait les tutoriels a perdu ses deux mains en réalisant une glace. Elle a considéré ça comme un avertissement, a laissé tomber la cuisine moléculaire, et décidé d’assumer ses rondeurs. C’est parfait.

Ce qui est difficile avec ce texte, c’est sa dimension-européenne, c’est sa dimension fluide-et-homogène. S’il y a un Allemand, il faut absolument un autre pays pour compenser, par exemple des Grecs, et a priori ça devrait être un jeu d’enfant de parler d’une succession de régimes tous plus catastrophiques les uns que les autres en évoquant la Grèce. Niveau grand débutant en écriture, mais je n’y arrive pas, je bloque. J’obtiens un bric-à-brac criard et hétérogène, un affreux foutoir à la place d’un texte.

Résultat, il me reste Rebecca, assise nue dans un fauteuil en osier, avec son collier, assumant ses rondeurs. Elle a choisi un gros collier parce que pour être ronde et féminine avec un collier, il faut un gros bijou, sinon le collier disparaît. C’est de cette parole sage et limitée que nous devons nous contenter aujourd’hui : Quand on est XXL il faut des bijoux et des sacs XXL.

J’en suis certaine, il y a un rapport avec les pays européens, mais lequel ?

Green molecule used to catalyse a
heterogeneous process

Molecule

It’s just not going well today, not sure why. Today I wanted to write a fluid-and-homogeneous-with-a-European-dimension-text in which a-plump-and-feminine-woman-decides-to-enjoy-her-plumpness. Nice idea to start the day off.

So at first everything is fine, the plump feminine woman is sitting naked in a wicker chair, wearing nothing but a huge green necklace. In the past Rebecca tried many types of diet, all to no avail. She even took a year off to practice molecular cooking, where you lose weight thanks to recipes based on agar-agar. But she thought it better to stop after a few months because molecular cooking involves dangerous techniques, like using liquid nitrogen, and Sebastian, the young German whose cooking tutorials she was following, lost both his hands making an ice cream. She took that as a warning, gave up molecular cooking and decided to enjoy her plumpness. Perfect.

The difficulty with this text is its European-dimension, it’s the fluid-and-homogeneous dimension. Since there is a German, there absolutely has to be another country to balance this out, some Greeks for example, and at first sight it should be child’s play to write about a succession of diets, each one more disastrous than the last, whilst referring to Greece. Writing for complete beginners, but I can’t do it, I’m stuck. I end up with a load of garish, heterogeneous bric-a-brac, a complete shambles instead of a text.

The end result is Rebecca sitting naked in her wicker chair, with her necklace, enjoying her plumpness. She chose a big necklace because in order to be plump and feminine with a necklace, you need a big stone or the necklace disappears. I’m afraid we will have to be content today with the following wise if somewhat limited observation: When you are XXL you need XXL jewellery and bags.

I’m sure this has something to do with European countries, but what?

Mer

A chaque fois que j’aperçois la mer, j’émets un bruit, et je reçois un impact dans la poitrine qui se propage en oscillations circulaires, le sentiment du sublime à mon avis, car si je me souviens bien de mes cours de sciences, c’est son mode de déplacement : le sublime frappe, puis ondoie.

L’autre jour j’étais dans le train, assise en face de deux jeunes femmes qui sifflaient tranquillement une bouteille de mousseux dans des flûtes à champagne. Etrange scène que deux femmes adorables assises dans un train avec leurs flûtes, comme si elles se promenaient en limousine, vidant élégamment le mini bar ; ça ressemblait à un spot de promotion pour les transports en commun, notre luxe de demain. L’une des deux allait se marier prochainement, et détaillait à son amie la beauté de la fête, le gâteau, les invités ; au fil des verres, la future mariée s’échauffait de plus en plus, décrivant tout infiniment, son époux, sa robe longue, ses escarpins, tandis que l’autre ne prononçait que de petits sons pour accompagner les montagnes russes du discours qui dévalait les pentes, sauvage et sans contrôle ; puis le récit passionné a subitement quitté les rails des montagnes russes, s’est détaché, et écrasé sur le sol dans un affreux bruit de tôles froissées, et la future mariée s’est mise à pleurer. Il devait y avoir un problème avec ce mariage, un problème d’escarpins qui cache en réalité quelque chose de plus grave, un nœud relationnel, un pressentiment épouvantable à l’heure de basculer dans une nouvelle vie. La mariée sanglotait, sa flûte à la main. Et c’est à ce moment-là que j’ai aperçu la mer par la fenêtre du train, merveilleuse, illuminée et ondoyante jusqu’au cercle de l’horizon, j’ai reconnu l’impact et l’oscillation du sublime, et produit un petit bruit qui est passé tout à fait inaperçu. J’étais submergée par le sublime, qui durait, durait, et effaçait durablement les pauvres contingences humaines, les erreurs de casting, les problèmes de gâteaux, de chaussures et de cartes bancaires.

La future mariée ne jetait pas le moindre regard par la fenêtre, c’était dommage, et je le regrettais vaguement, tout en contemplant. Ceci dit, son amie a su trouver les mots justes : tandis que la mer défilait par la fenêtre, sur la banquette en face le beau temps est revenu, c’était le fou rire qui gagnait, les deux filles ne pouvaient plus s’arrêter de rire, et de se prendre en photo des centaines de fois en train de pouffer.

Court shoes hiding something more serious

Sea

Every time I catch sight of the sea a sound escapes me and I feel a thump in my chest, rippling outwards in a circle of small waves, the feeling of the sublime, I think, because if I remember rightly from my science classes, that is how the sublime moves: it strikes, then ripples outwards.

The other day I was on the train sitting opposite two young women who were knocking back a bottle of sparkling wine in champagne glasses. It was a strange scene, two charming women sitting in a train with their champagne glasses, as if they were driving around in a stretch limousine, elegantly emptying the mini-bar; it was like an advert for public transport, enjoy the luxury of the future. One of them was getting married soon and was telling her friend all about the wonderful reception, the cake, the guests; glass by empty glass the bride-to-be got more and more worked up, describing everything in great detail, her husband, her long dress, her court shoes, while the other woman just made the odd encouraging sound, keeping pace with the roller coaster of words which were hurtling down the slopes, unrestrained, out of control; then the impassioned tale suddenly left the roller coaster rails, came free and crashed to the ground with a terrible sound of crumpled metal, and the bride-to-be began to cry. There was clearly a problem with this marriage, a problem with those court shoes which was actually hiding something more serious, something badly amiss with the relationship, a terrible premonition just at the start of a new life. The bride was sobbing, the champagne glass still in her hand. It was just then that I caught sight of the sea through the train window, breathtaking, shimmering with light and breaking in waves right up to the horizon; I recognized the thump and ripple of the sublime, and I made a small sound that went completely unnoticed. I was overwhelmed by the sublime, which lasted and lasted, enduringly erasing insignificant human contingencies, casting errors, problems with cakes, court shoes and bankcards.

The bride-to-be did not so much as glance out of the window, it was a pity, and as I gazed at the view I vaguely wished that she had. But still, her friend knew what to say to put things right: as the sea passed by the window, clement weather returned to the seat opposite and laughter pealed out, the two girls couldn’t stop laughing and taking hundreds of pictures of themselves shrieking with laughter.

Blanc

Les livres français semblent bizarres aux étudiants. Aussi, pour ne contrarier personne, je fais un cours diplomatiquement intitulé Auteurs français bizarres. Au moins on est d’accord là-dessus, on fait une randonnée dans le bizarre. Un monde bizarre où pour commencer les couvertures sont blanches ; donc on commence dans le blanc. Au moins on est d’accord là-dessus, rendez-vous avec les pique-niques au point de rencontre Blanc Bizarre. Et nous randonnons. Puis de là, escaladant et herborisant, prenant les mesures du mobilier urbain, tâtant les ambiances, nous constatons l’évidence : il y a bizarre et bizarre ; bizarre n’a rien à voir avec bizarre. C’est fou, mais des deux côtés de la route, les paysages sont complètement différents ! Et encore une fois on est d’accord là-dessus, non ?

Weird White
Weird White

White

The students find French books weird, so in order not to annoy anyone I give a lecture diplomatically entitled Weird French Authors. So far so good, we set off on a hike in the weirdness. A weird world in which for a start book covers are white; so, we begin in the white. So far so good, rendez-vous with packed lunches at the starting point Weird White. And we set off. From there, climbing and collecting plants, sizing up the street furniture, feeling out the different types of atmosphere, we finally notice something obvious: there is weirdness and weirdness; weirdness has nothing to do with weirdness. It’s crazy, but the landscape on either side of the road is completely different! Still so far so good?

 

Bento

J’adore rendre service. Même dans mes rêves, si je peux donner un coup de main, je n’hésite pas. Cette nuit justement je passais à côté du tournage d’un film, et j’ai demandé si je pouvais faire quelque chose pour aider à préparer le plateau. Oui oui bien sûr, m’a dit une femme qui mangeait à la hâte son bento, crucifie-toi à poil. J’aurais eu le temps, il lui restait encore pas mal de bento à manger, c’était un bento grand et copieux. Mais j’ai fait celle qui n’entendait pas et suis allée aider quelqu’un d’autre.

 

Bento
Large bento

Bento

I love doing things for people. Even in my dreams, if I can lend a hand, I don’t think twice. Just last night I was passing by a film shoot and I asked if I could do anything to help get the set ready. Yes of course, a woman who was gulping down the contents of her bento said to me, crucify yourself naked. I would have had enough time, she still had quite a lot of her bento to get through, it was a large bento, a very generous portion. But I pretended that I hadn’t heard and went to help somebody else.

 

Cheveux

Les cheveux, c’est le sentiment, les cheveux, c’est l’émotion, comme disait Marie-Antoinette à Léonard son coiffeur. Léonard acquiesçait, après quoi pris d’enthousiasme émotionnel, il lui remontait les cheveux très haut, fabriquait une pyramide capillaire et se débrouillait pour piquer là-dedans des rubans, des épingles à diamants, des portraits de ses aimés, un bateau à voile, un champ de blé, un serpent, des commentaires de l’actualité, des fleurs vivantes avec leurs petits vases dissimulés dans la masse. Tout ça sur la tête de Marie-Antoinette.

Les touristes qui visitent Paris aiment aller à la Conciergerie, une prison de la Révolution française, mais il y a un léger malentendu avec le directeur. Les touristes veulent voir la guillotine, qu’ils trouvent effrayante, cruelle et épouvantable, et c’est pour cela qu’ils veulent la voir. Alors que pas du tout, dit le directeur du musée, c’était un moyen égalitaire de faire mourir les gens, net, rapide, sans souffrances inutiles. Le directeur ne veut pas de sensationnalisme dans son musée, il veut que les touristes réfléchissent, non qu’ils ressentent. Il est très ferme là-dessus, quitte à décevoir les visiteurs. La raison avant tout.

L’autre chose attirante pour les touristes, c’est Marie-Antoinette, qui passa ici la fin de sa vie dans une cellule. Au dernier moment, on lui coupa les cheveux, on dégagea bien le cou, et on la fit sortir pour l’emmener Place de la Concorde où le public l’attendait. Dans cette salle-là, le directeur est toujours le même, et il ne veut toujours pas de sensationnalisme dans son musée ; mais là, on ne sait pas pourquoi, il a cédé à un moment de folie et fait une petite exception à sa règle : il a mis un bol rempli de cheveux coupés dans la salle Marie-Antoinette. Et ainsi les touristes frissonnent en imaginant le contact des ciseaux tout froids sur la nuque de Marie-Antoinette avant qu’elle parte rencontrer la mort place de la Concorde.

Ah la la, heureusement ! disent les enfants à leurs parents. Si je suis venue de Delhi, dit une fillette, c’est pas pour écouter des théories, c’est quand même pour ressentir des trucs. Moi pareil, lui répond un garçon, huit heures de vol depuis Atlanta sans compter les trajets en taxi de porte à porte, et tout ça pour rien sentir ?

Mais le bol de cheveux est là.

 

pouf-a-la-belle-poule
Travel Hair

Hair

Hair is feelings, hair is emotion, as Marie-Antoinette used to say to Leonard her hairdresser. Leonard agreed, after which, overcome by emotional enthusiasm, he piled her hair up very high, built a hair pyramid and contrived to insert within it ribbons, diamond pins, portraits of her loved ones, a sailing vessel, a field of wheat, a snake, comments on current events, living flowers in small vases hidden within the thicket. All that on Marie-Antoinette’s head.

Tourists who visit Paris like to go to the Conciergerie, a French Revolution prison. But there is a slight misunderstanding between them and the director. The tourists want to see the guillotine, which they find frightening, cruel and appalling, which is precisely why they want to see it. Not at all, demurs the museum director, it was an egalitarian way to put people to death, clean, fast, without causing unnecessary suffering. The director doesn’t want any sensationalism in his museum, he wants the tourists to think, not just to feel. Reason above all.

The other attraction for tourists is Marie-Antoinette, who spent the end of her life here in a cell. At the very last moment someone cut her hair, making sure the nape of her neck was well exposed, and she was dragged out to be taken to the Place de la Concorde where the people waited for her. In that room the director’s attitude is the same, he still doesn’t want any sensationalism in his museum, yet here, for reasons unknown, he yielded to a moment of madness and made a small exception to his own rule: he put a bowl filled with shorn hair in the Marie-Antoinette room. So the tourists shudder as they imagine the contact of the cold scissors on the neck of Marie-Antoinette before she left to meet her death at Place de la Concorde.

Just as well! children tell their parents. After all, says a young girl, if I’ve come here from Delhi it’s not to listen to theories, it’s to feel stuff. Me too, answers a boy, an eight hour flight from Atlanta, not to mention taxis from door to door, all that and be left feeling nothing?

But the bowl of hair is there.

Doctors

Quand j’ai terminé de travailler, je regarde Doctors sur BBC 1 Scotland : un soap étrange. A priori l’histoire est classique et raconte la vie d’un cabinet médical, le Mill Health Center, où travaillent des docteurs, Dr Zara Carmichael qui fait tourner les têtes partout où elle va, le jeune et enthousiaste Dr Vere, l’inventif mais trop gourmand Dr Haskey ou la jolie infirmière Ayesha dans sa blouse bleu clair, etc. Ce que je ne m’explique pas, c’est pourquoi la plupart des scénarios tournent autour de livres, de littérature, de sonnets de Shakespeare. Doctors est un soap médical où les livres ont de l’importance : les livres nous guérissent, c’est la chirurgie bibliothécaire. Quand j’ai fini d’écrire et que je regarde Doctors en déjeunant, j’ai l’impression que l’Ecosse m’envoie cette série par pure gentillesse et sens de l’accueil. Ou alors c’est mon esprit monomane qui invente Doctors au fur et à mesure.

Dr Carmichael
Dr Carmichael, book lover

Doctors

When I’ve finished working, I watch Doctors, a strange soap, on BBC 1 Scotland. At first sight it tells the classic tale of life in a medical practice, Mill Health Centre, where various doctors work, including Dr Zara Carmichael, who turns heads wherever she goes, the young and enthusiastic Doctor Vere, the creative Dr Haskey, who is a bit of a glutton, and also pretty Ayesha in her light blue nurse’s blouse, etc. What I cannot understand is why most of the storylines revolve around books, literature, Shakespeare’s sonnets. Doctors is a medical soap in which books are important: books can cure us, carving out literary interventions. When I’ve finished writing and I watch Doctors while I have my lunch, I feel as though Scotland has presented me with this soap out of sheer kindness, to make me feel welcome. Or maybe it is my monomaniacal mind that is inventing Doctors, day by day.

 

Liquide

Aujourd’hui, j’ai appris deux choses. J’ai appris que la vie est liquide. Le fait est connu depuis vingt ans, mais personne n’avait pensé à m’informer, ça devait sembler évident à tout le monde. – Quoi mais bien sûr ! Ta vie est liquide, ta maison est liquide, ton électronique est liquide, tes rendez-vous sont liquides, tu savais pas ça ? Comment ça a pu t’échapper ? Tout le monde en parle depuis les années 90. Pourtant non, je ne savais rien. Je le découvre aujourd’hui dans un vieil article. Et ça explique pas mal de choses, toutes ces parties liquides.

Vingt ans de retard imposent de peser les choses, refaire des classements, reconsidérer les solides dans leur bocal, plonger le bras d’un coup et les extraire des liquides. Par exemple Trainspotting est solide. Dans mon Ecosse mentale, c’est vrai plutôt liquide, Trainspotting était un pilier bien ancré : un fait solide dans la liquidité du monde. Aussi je n’ai pas été étonnée de voir annoncé au cinéma Trainspotting 2, solidement fidèle à lui-même vingt ans plus tard, avec ses trains et ses voies de chemins de fers qui sont en même temps des réseaux de veines à suivre dans le bras jusqu’au point où on enfonce son aiguille. Et voilà une chose de classée : Trainspotting est solide. C’est un début.

La seconde chose que j’ai apprise aujourd’hui est le titre québécois du film. Les Québécois ont tenté une audacieuse traduction francophone en appelant le film Ferrovipathes, qui doit signifier Malades ferroviaires, ou Sociopathes des chemins de fer. C’est drôle, maladroitement têtu, et j’ignore si en définitive ça a plutôt solidifié ou plutôt liquéfié Trainspotting. Il y a des cas indécis.

Il paraît qu’il neigera demain, on ne saura pas si le temps est liquide ou solide, et je poursuivrai tranquillement la répartition des choses sur ces nouvelles bases : le solide, le liquide, le neigeux. Vingt ans de retard, mais il ne faut rien précipiter.

Part of your life captured
Part of your life captured

Liquid

Today, I learnt two things. I learnt that life is liquid. People have known this for twenty years, but nobody had thought to inform me; it must have seemed obvious to everyone.  “Well of course! Your life is liquid, your house is liquid, your IT is liquid, your meetings are liquid, did you really not know that? How did it pass you by? Everyone’s been talking about it since the 90s.” And yet I didn’t know; I knew nothing about it. I found out about it today in an old article. And all these liquid components explain quite a few things.

Being twenty years behind means you have to weigh things up again, reclassify, observe the solids in their jar, then plunge your arm in and extract them from the liquid matter. For instance, Trainspotting is solid. In my mental image of Scotland, which, it’s true, is rather liquid, Trainspotting was a stable pillar: a solid fact in the liquidity of the world. So I wasn’t surprised to see Trainspotting 2 being advertised at the cinema, solidly true to itself after twenty years, with its trains and its railway lines which are also networks of veins in your arm which you trace right up to point where you push the syringe in. So that’s one thing classified: Trainspotting is solid. It’s a start.

The second thing I learnt today was the title of the film in Quebec. The Quebeckers went for a bold French translation by calling the film Ferrovipathes, which could mean Railway Sick or Railway Sociopaths. It’s funny, clumsily bloody-minded and I don’t know if in the end it has solidified or liquified Trainspotting. Some cases have yet to be determined.

Apparently it will snow tomorrow, we won’t know if the weather is liquid or solid, and I will quietly continue sorting things into these new categories: solid, liquid, snowy. Twenty years late, but best not to be precipitate.