Mer

A chaque fois que j’aperçois la mer, j’émets un bruit, et je reçois un impact dans la poitrine qui se propage en oscillations circulaires, le sentiment du sublime à mon avis, car si je me souviens bien de mes cours de sciences, c’est son mode de déplacement : le sublime frappe, puis ondoie.

L’autre jour j’étais dans le train, assise en face de deux jeunes femmes qui sifflaient tranquillement une bouteille de mousseux dans des flûtes à champagne. Etrange scène que deux femmes adorables assises dans un train avec leurs flûtes, comme si elles se promenaient en limousine, vidant élégamment le mini bar ; ça ressemblait à un spot de promotion pour les transports en commun, notre luxe de demain. L’une des deux allait se marier prochainement, et détaillait à son amie la beauté de la fête, le gâteau, les invités ; au fil des verres, la future mariée s’échauffait de plus en plus, décrivant tout infiniment, son époux, sa robe longue, ses escarpins, tandis que l’autre ne prononçait que de petits sons pour accompagner les montagnes russes du discours qui dévalait les pentes, sauvage et sans contrôle ; puis le récit passionné a subitement quitté les rails des montagnes russes, s’est détaché, et écrasé sur le sol dans un affreux bruit de tôles froissées, et la future mariée s’est mise à pleurer. Il devait y avoir un problème avec ce mariage, un problème d’escarpins qui cache en réalité quelque chose de plus grave, un nœud relationnel, un pressentiment épouvantable à l’heure de basculer dans une nouvelle vie. La mariée sanglotait, sa flûte à la main. Et c’est à ce moment-là que j’ai aperçu la mer par la fenêtre du train, merveilleuse, illuminée et ondoyante jusqu’au cercle de l’horizon, j’ai reconnu l’impact et l’oscillation du sublime, et produit un petit bruit qui est passé tout à fait inaperçu. J’étais submergée par le sublime, qui durait, durait, et effaçait durablement les pauvres contingences humaines, les erreurs de casting, les problèmes de gâteaux, de chaussures et de cartes bancaires.

La future mariée ne jetait pas le moindre regard par la fenêtre, c’était dommage, et je le regrettais vaguement, tout en contemplant. Ceci dit, son amie a su trouver les mots justes : tandis que la mer défilait par la fenêtre, sur la banquette en face le beau temps est revenu, c’était le fou rire qui gagnait, les deux filles ne pouvaient plus s’arrêter de rire, et de se prendre en photo des centaines de fois en train de pouffer.

Court shoes hiding something more serious

Sea

Every time I catch sight of the sea a sound escapes me and I feel a thump in my chest, rippling outwards in a circle of small waves, the feeling of the sublime, I think, because if I remember rightly from my science classes, that is how the sublime moves: it strikes, then ripples outwards.

The other day I was on the train sitting opposite two young women who were knocking back a bottle of sparkling wine in champagne glasses. It was a strange scene, two charming women sitting in a train with their champagne glasses, as if they were driving around in a stretch limousine, elegantly emptying the mini-bar; it was like an advert for public transport, enjoy the luxury of the future. One of them was getting married soon and was telling her friend all about the wonderful reception, the cake, the guests; glass by empty glass the bride-to-be got more and more worked up, describing everything in great detail, her husband, her long dress, her court shoes, while the other woman just made the odd encouraging sound, keeping pace with the roller coaster of words which were hurtling down the slopes, unrestrained, out of control; then the impassioned tale suddenly left the roller coaster rails, came free and crashed to the ground with a terrible sound of crumpled metal, and the bride-to-be began to cry. There was clearly a problem with this marriage, a problem with those court shoes which was actually hiding something more serious, something badly amiss with the relationship, a terrible premonition just at the start of a new life. The bride was sobbing, the champagne glass still in her hand. It was just then that I caught sight of the sea through the train window, breathtaking, shimmering with light and breaking in waves right up to the horizon; I recognized the thump and ripple of the sublime, and I made a small sound that went completely unnoticed. I was overwhelmed by the sublime, which lasted and lasted, enduringly erasing insignificant human contingencies, casting errors, problems with cakes, court shoes and bankcards.

The bride-to-be did not so much as glance out of the window, it was a pity, and as I gazed at the view I vaguely wished that she had. But still, her friend knew what to say to put things right: as the sea passed by the window, clement weather returned to the seat opposite and laughter pealed out, the two girls couldn’t stop laughing and taking hundreds of pictures of themselves shrieking with laughter.

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