Cheveux

Les cheveux, c’est le sentiment, les cheveux, c’est l’émotion, comme disait Marie-Antoinette à Léonard son coiffeur. Léonard acquiesçait, après quoi pris d’enthousiasme émotionnel, il lui remontait les cheveux très haut, fabriquait une pyramide capillaire et se débrouillait pour piquer là-dedans des rubans, des épingles à diamants, des portraits de ses aimés, un bateau à voile, un champ de blé, un serpent, des commentaires de l’actualité, des fleurs vivantes avec leurs petits vases dissimulés dans la masse. Tout ça sur la tête de Marie-Antoinette.

Les touristes qui visitent Paris aiment aller à la Conciergerie, une prison de la Révolution française, mais il y a un léger malentendu avec le directeur. Les touristes veulent voir la guillotine, qu’ils trouvent effrayante, cruelle et épouvantable, et c’est pour cela qu’ils veulent la voir. Alors que pas du tout, dit le directeur du musée, c’était un moyen égalitaire de faire mourir les gens, net, rapide, sans souffrances inutiles. Le directeur ne veut pas de sensationnalisme dans son musée, il veut que les touristes réfléchissent, non qu’ils ressentent. Il est très ferme là-dessus, quitte à décevoir les visiteurs. La raison avant tout.

L’autre chose attirante pour les touristes, c’est Marie-Antoinette, qui passa ici la fin de sa vie dans une cellule. Au dernier moment, on lui coupa les cheveux, on dégagea bien le cou, et on la fit sortir pour l’emmener Place de la Concorde où le public l’attendait. Dans cette salle-là, le directeur est toujours le même, et il ne veut toujours pas de sensationnalisme dans son musée ; mais là, on ne sait pas pourquoi, il a cédé à un moment de folie et fait une petite exception à sa règle : il a mis un bol rempli de cheveux coupés dans la salle Marie-Antoinette. Et ainsi les touristes frissonnent en imaginant le contact des ciseaux tout froids sur la nuque de Marie-Antoinette avant qu’elle parte rencontrer la mort place de la Concorde.

Ah la la, heureusement ! disent les enfants à leurs parents. Si je suis venue de Delhi, dit une fillette, c’est pas pour écouter des théories, c’est quand même pour ressentir des trucs. Moi pareil, lui répond un garçon, huit heures de vol depuis Atlanta sans compter les trajets en taxi de porte à porte, et tout ça pour rien sentir ?

Mais le bol de cheveux est là.

 

pouf-a-la-belle-poule
Travel Hair

Hair

Hair is feelings, hair is emotion, as Marie-Antoinette used to say to Leonard her hairdresser. Leonard agreed, after which, overcome by emotional enthusiasm, he piled her hair up very high, built a hair pyramid and contrived to insert within it ribbons, diamond pins, portraits of her loved ones, a sailing vessel, a field of wheat, a snake, comments on current events, living flowers in small vases hidden within the thicket. All that on Marie-Antoinette’s head.

Tourists who visit Paris like to go to the Conciergerie, a French Revolution prison. But there is a slight misunderstanding between them and the director. The tourists want to see the guillotine, which they find frightening, cruel and appalling, which is precisely why they want to see it. Not at all, demurs the museum director, it was an egalitarian way to put people to death, clean, fast, without causing unnecessary suffering. The director doesn’t want any sensationalism in his museum, he wants the tourists to think, not just to feel. Reason above all.

The other attraction for tourists is Marie-Antoinette, who spent the end of her life here in a cell. At the very last moment someone cut her hair, making sure the nape of her neck was well exposed, and she was dragged out to be taken to the Place de la Concorde where the people waited for her. In that room the director’s attitude is the same, he still doesn’t want any sensationalism in his museum, yet here, for reasons unknown, he yielded to a moment of madness and made a small exception to his own rule: he put a bowl filled with shorn hair in the Marie-Antoinette room. So the tourists shudder as they imagine the contact of the cold scissors on the neck of Marie-Antoinette before she left to meet her death at Place de la Concorde.

Just as well! children tell their parents. After all, says a young girl, if I’ve come here from Delhi it’s not to listen to theories, it’s to feel stuff. Me too, answers a boy, an eight hour flight from Atlanta, not to mention taxis from door to door, all that and be left feeling nothing?

But the bowl of hair is there.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *